Interview Chloé Romengas

“Lorsque j’ai créé cette activité, j’ai eu des réflexions d’amis (spoiler alert : ce ne sont plus des amis) me demandant quand est-ce que je retrouvais un “vrai métier” et me faisant culpabiliser”

“J’ai été tout de suite en rupture de stock (du premier livre) alors j’ai refait des tirages. C’était il y a deux ans et demi, et aujourd’hui pas un seul jour ne passe sans qu’il n’y ait de vente, c’est juste incroyable”

À seulement 31 ans, CHLOÉ ROMENGAS est déjà une entrepreneuse à succès. Illustratrice, écrivaine, créatrice de contenus, Chloé aborde de façon pédagogique et qualitative les thèmes de la santé physique et mentale, des maladies invisibles, ainsi que des incidences parfois handicapantes du haut potentiel intellectuel et de l’hypersensibilité (HPI/HPE), dans une société aux attentes normées.

Merci à Chloé d’avoir accepté de répondre à quelques questions, et ainsi de participer à démontrer que sortir du cadre est une bonne chose !

Vous pouvez notamment retrouver Chloé sur Chloé Invisible (18.000 abonné.e.s) et sur Chloé Rayures (10.000 abonné.e.s).

Pouvez-vous présenter votre activité ?

Je suis autrice et dessinatrice, et je me suis spécialisée dans les questions de sensibilisation à la santé physique et mentale ! J’ai ma propre structure d’édition, ce qui me permet de travailler sur mes projets de sensibilisation et de m’occuper de la distribution, la diffusion, la production, tout de A à Z, et j’adore ça 🙂

Note : Sur ce point, il faut effectivement relever que Chloé a courageusement refusé des contrats de maisons d’édition classiques, pour monter la sienne. En effet, les marges pour les autrices et auteurs dans les maisons classiques sont souvent basses.

Comment avez-vous vécu le succès de votre premier livre ?

Je m’attendais pas du tout à cet accueil. A vrai dire, je souhaitais publier ce livre pour concrétiser presque 3 ans de blog sur lequel j’avais publié beaucoup de contenu. J’avais prévu de publier le livre en papier seulement pour pouvoir toucher le travail fourni pendant 3 ans.

Ce n’était pas du tout mon métier à l’époque, et ce livre n’avait pas vocation à me rémunérer. Je voulais en imprimer un nombre précis en fonction des pré-commandes, les envoyer aux lecteurs, mais pas le commercialiser. Et puis la campagne de pré-commandes a explosé, j’en ai fait imprimer un peu plus, les premiers retours ont été très positifs, les gens ont commencé à en parler autour d’eux, je recevais des demandes de personnes qui avaient loupé la campagne mais souhaitaient se le procurer, alors je l’ai mis en vente.

J’ai été tout de suite en rupture de stock, alors j’ai refait des tirages. C’était il y a deux ans et demi, et aujourd’hui pas un seul jour ne passe sans qu’il n’y ait de vente, c’est juste incroyable. Ce livre répondait à un besoin, en fait, mais je ne l’avais pas anticipé. Aujourd’hui je suis très contente de ce succès car c’est ce qui m’a donné la confiance d’en faire mon métier. Mais je me mets beaucoup de pression, car quand un premier livre plaît, on a encore plus peur de décevoir pour celui d’après… qui arrive !


Comment avez-vous décidé de monter votre entreprise ?

Cela s’est fait un peu par hasard, je travaillais en entreprise avant, je faisais de l’analyse stratégique. Et puis j’ai été malade, mon état de santé était devenu incompatible avec la poursuite de mon activité, et j’ai vu dans l’entrepreneuriat le moyen de continuer à être active tout en adaptant mon travail à mes contraintes médicales. J’ai toujours aimé écrire et dessiner, et petit à petit c’est cette activité-là qui s’est imposée en tant que projet entrepreneurial 🙂

Comment votre entourage perçoit-il le fait d’être entrepreneuse ?

Mon entourage familial et amical connaît peu l’entrepreneuriat, et le fait de sortir des chemins tout tracés les a inquiétés au début. Mais je pense que l’inquiétude vient davantage du fait qu’il s’agisse d’un métier créatif et artistique, pas du côté entrepreneurial. Lorsque j’ai créé cette activité, j’ai eu des réflexions d’amis (spoiler alert : ce ne sont plus des amis 😉 ) me demandant quand est-ce que je retrouvais un “vrai métier” et me faisant culpabiliser car “c’est à notre âge qu’on monte dans la hiérarchie”. Maintenant, cela fait quelques années que j’ai mon entreprise créative, mon entourage voit que je m’épanouis et que mon activité fonctionne très bien, donc je n’ai plus ce souci !

Diriez-vous que vous avez plus ou moins de temps qu’en étant salariée et/ou étudiante ?

Beaucoup plus ! Alors certes, la limite vie privée vie professionnelle est parfois difficile à établir car je peux travailler partout et tout le temps, mais je suis beaucoup plus flexible, et surtout j’aime tellement ce que je fais que quand j’arrête de travailler je ne suis pas de mauvaise humeur, je suis enthousiaste et prête à profiter de mes proches, ce qui n’était pas le cas avant, je râlais beaucoup en rentrant du travail, j’étais fatiguée. J’ai peut-être un peu moins de temps en quantité à consacrer à ma vie privée, mais j’en profite beaucoup plus, donc j’ai l’impression d’être beaucoup plus disponible. 

Comment réagissez-vous face aux critiques ?

Je travaille sur la question 😉 J’ai eu beaucoup de mal avec les critiques non constructives au début, surtout sur les réseaux sociaux, mais j’arrive de plus en plus à les mettre de côté. Elles me touchent, mais ne m’empêchent plus d’avancer. Je vois l’évolution au fil des années. Plus mon activité prend de l’âge, puis j’arrive à mettre de la distance avec ces critiques. Peut-être parce que je prends confiance en mon activité avec le temps.

Quelles sont vos perspectives de développement ?

Je souhaite rester une petite structure et garder mon indépendance. J’ai plusieurs projets de livre en cours, et j’aime prendre le temps de les mûrir. Il y en a un pour 2021, et un pour 2022. J’ai un projet de bande dessinée pour 2023, mais il peut changer d’ici là. Aujourd’hui, je suis surtout connue pour travailler sur un sujet en particulier, le haut potentiel intellectuel, et à l’avenir j’aimerais ne plus être étiquetée à ce sujet, j’aimerais être reconnue pour des projets de sensibilisation sur la santé de manière générale.

Un conseil pour celles qui hésitent à se lancer ?


Allez-y ! Aujourd’hui, on a la chance de pouvoir lancer des projets sans prendre trop de risques au début. Beaucoup de projets demandent peu d’investissement si on les lance en ligne au départ, et ça laisse le temps de les faire mûrir, de voir si on est prêt.e, etc. Ca nous laisse le temps de voir venir, de garder notre activité à côté, le temps du lancement du projet, et on peut décider ensuite.

On n’est pas obligé de tout faire très vite. Mon activité a évolué pendant 2 ans avant que je trouve le modèle économique qui m’allait bien, qui m’épanouissait, et qui me permettait de vivre. Avec une autre activité ou des aides au début, on peut prendre le temps de construire notre projet entrepreneurial.

Publié par contact@girlboss-club.fr

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